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ROMAN

La force d'une voix Préface
Prologue

Partie [1]-[2]

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Mis en ligne le : 15 février 2002

   




 
    La lumière filtre par les vitres colorées, emplit le studio et réverbère, sur des objets en verre, des rayons chargés de mille grains de poussières dansantes, happés en mouvements infinis, à la fois proches et jamais unis, tout comme l'âme de Nathan étoilée de mille parcelles de bonheur réunies dans un seul rayon. Il n'osait pas le croire. Cette contrebasse était la sienne. Ils étaient fait l'un pour l'autre. Ses doigts osaient à peine effleurer la touche d'ébène ; sa beauté l'intimidait.
   Son ventre galbé, parsemé d'auréoles ocres, vertes et acajou la rendait suggestive ; des stigmates prouvaient qu'on ne l'avait pas toujours bien traitée ; près de l'ouïe gauche, le bois s'était fendu. On l'avait appuyée trop longtemps sur la ferrure d'angle d'une commode et elle saignait au talon.
   Pourtant, Nathan l'aimait de plus en plus. Il éprouvait un sentiment d'indignité devant elle. Ses courbes voluptueuses le bouleversaient. La noblesse de sa volute lui inspirait ce qu'il y a de plus droit, de plus pur. Elle avait les épaules rondes, les éclisses violoncellées ; son bassin bien planté lui donnait l'allure d'une paysanne en fête. Qui saurait honorer sa beauté ?
***

   Nathan joua toute la soirée, lançant les cordes du bourrelet de son index replié, avec la douceur et la puissance d'une patte d'ours. Elle chantait et sa voix, chaude, profonde, faisait vibrer sa mémoire.
   Parfois, il se levait, ses pas résonnaient entre ses éclisses et le sol transmettait les ondes ; ainsi, même pendant les poses, ils communiaient.
   La nuit s'écoule, trop vite, à son gré. Ivre de fatigue, ses mains errent encore sur les cordes neuves. La lumière du jour entre par la lucarne comme un phare brusquement allumé, le surprend, penché sur sa contrebasse, l'enveloppant de tout son corps pour aller chercher, dans ses replis les plus secrets, des aigus à peine audibles : "Va ! Va aider cet homme à mourir, va aider cet homme à mourir.
   - Je deviens fou ! sursaute Nathan, ma contrebasse parle-t-elle ou bien est-ce moi qui entends des voix ?"
   Il éloigne le manche de son cou, se frotte le visage ; ses jambes engourdies tremblent. Il jauge l'instrument, avec une pointe de hantise, comme s'il venait d'en découvrir sa nature profonde. Son enthousiasme se transforme en peur : "Et si c'était le diable qui me l'envoie ?"

***

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