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La lumière filtre par les
vitres colorées, emplit le studio et réverbère,
sur des objets en verre, des rayons chargés
de mille grains de poussières dansantes, happés
en mouvements infinis, à la fois proches et
jamais unis, tout comme l'âme de Nathan étoilée
de mille parcelles de bonheur réunies dans
un seul rayon. Il n'osait pas le croire. Cette contrebasse
était la sienne. Ils étaient fait l'un
pour l'autre. Ses doigts osaient à peine effleurer
la touche d'ébène ; sa beauté
l'intimidait.
Son ventre galbé, parsemé
d'auréoles ocres, vertes et acajou la rendait
suggestive ; des stigmates prouvaient qu'on ne l'avait
pas toujours bien traitée ; près de
l'ouïe gauche, le bois s'était fendu.
On l'avait appuyée trop longtemps sur la ferrure
d'angle d'une commode et elle saignait au talon.
Pourtant, Nathan l'aimait de plus
en plus. Il éprouvait un sentiment d'indignité
devant elle. Ses courbes voluptueuses le bouleversaient.
La noblesse de sa volute lui inspirait ce qu'il y
a de plus droit, de plus pur. Elle avait les épaules
rondes, les éclisses violoncellées ;
son bassin bien planté lui donnait l'allure
d'une paysanne en fête. Qui saurait honorer
sa beauté ?
 ***
Nathan
joua toute la soirée, lançant les cordes
du bourrelet de son index replié, avec la douceur
et la puissance d'une patte d'ours. Elle chantait
et sa voix, chaude, profonde, faisait vibrer sa mémoire.
Parfois, il se levait, ses pas résonnaient
entre ses éclisses et le sol transmettait les
ondes ; ainsi, même pendant les poses, ils communiaient.
La nuit s'écoule, trop vite,
à son gré. Ivre de fatigue, ses mains
errent encore sur les cordes neuves. La lumière
du jour entre par la lucarne comme un phare brusquement
allumé, le surprend, penché sur sa contrebasse,
l'enveloppant de tout son corps pour aller chercher,
dans ses replis les plus secrets, des aigus à
peine audibles : "Va ! Va aider cet homme
à mourir, va aider cet homme à mourir.
- Je deviens fou ! sursaute Nathan,
ma contrebasse parle-t-elle ou bien est-ce moi qui
entends des voix ?"
Il éloigne le manche de son
cou, se frotte le visage ; ses jambes engourdies tremblent.
Il jauge l'instrument, avec une pointe de hantise,
comme s'il venait d'en découvrir sa nature
profonde. Son enthousiasme se transforme en peur :
"Et si c'était le diable qui me l'envoie
?"
***
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