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Issu d'une famille
nombreuse, pauvre, dans une bourgade de Provence,
Nathan n'avait pas eu la chance d'aller au conservatoire.
Il avait appris le solfège seul et il manquait
de confiance en lui. Pourtant, il lisait à
vue, travaillait avec rigueur et obstination, mais
il avait toujours l'impression de s'en sortir par
miracle.
Avant chaque concert, il en appelait
au destin pour surmonter sa peur, cette peur insensée
de massacrer son chorus et d'être hué.
***
Dans son village, il n'y avait pas
de conservatoire et, même s'il en avait existé
un, les parents de Nathan n'auraient pas eu les moyens
de l'y inscrire. Son père, André Madar,
était représentant pour une entreprise
d'accessoires de sécurité et il était
souvent sur les routes. Nathan le voyait peu. Sa mère
était obligée de faire de la couture
pour arrondir les fins de mois. Le père de
Nathan, d'apparence fluette, avait un caractère
faible et conciliant. Une tension permanente durcissait
ses traits souvent fatigués.
En Tunisie, il travaillait dans
des bureaux pour un négociant d'huile. En 1942,
il avait été mobilisé sur le
front en Libye et, en juillet 1944, il avait participé
à la prise de Livourne. Son émotion
avait été grande en arpentant les rues
de cette ville Toscane, témoignage vivant des
souffrances de la guerre, à l'heure de sa libération.
Elle avait accueilli sa famille sous l'inquisition.
Il eût le sentiment de renouer avec le passé
et d'achever l'uvre de l'éternel en écrivant
la fin d'une histoire commencée, trois siècles
plus tôt, lorsque ses aïeuls furent chassés
d'Espagne.
Il rencontre sa femme Rosa, dix
ans plus tard, à Lyon, au cours d'un voyage
d'affaire. Rosa était une jeune femme blonde
et plantureuse. Elle avait alors dix sept ans et elle
ne rêvait que d'une chose - oublier ; effacer
à jamais de sa mémoire l'étoile
jaune, les engelures, la terreur. Elle fut conquise
par ce juif qui avait grandi libre. Ils se marièrent
à Lyon, puis ils s'installèrent près
de Marseille où André Madar trouva un
poste d'agent commercial, dans une fabrique de pièces
détachées. Rosa met au monde Alain,
puis l'année suivante Suzanne et, quatre ans
plus tard, Patrick.
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