"Les épisodes dont Théa
nous gratifie depuis maintenant deux ans
sont autant lyriques que graves et conséquents.
Les mots y sont pesés, pondérés,
estimés à leur juste valeur.
Elle les lance sur le papier comme des uppercuts
; elle fait mouche. L’écriture
est agitée. Les mots vont et viennent,
animaux dans ce caisson étroit :
la société, le présent,
le passé... Il y a de la violence
dans ce verbe, mais une violence légitime,
vengeresse et maîtrisée. Amoureuse
de littérature, animée de
cette indicible fringale de lire, elle manie
les mots avec maestria.
Jamais sans doute Théa
n'était parvenue à ce degré
de maturité dans l'écriture,
un style ciselé, d'une grande pureté,
traversé de quelques fulgurances,
poursuivant sans relâche son idéal
humaniste et humanitaire ! Elle démontre
qu'elle peut travailler à façon.
Jules Renard n'eût pas renié
cette observation: « La mâchoire
du crocodile mord sur sa queue ».
Elle tourne le dos aux amateurs de prose
industrielle. Le goût du jour n'est
point son patron. La mode lui importe peu...
Théa est une créatrice, une
vraie, donc une grande blessée, riant
sans fin d'un rire qui lui échappe,
fait de tous ses cris rapprochés.
Sa verve est le panache qui masque sa douleur
pendant qu'elle combat cette candeur, ou
cette imposture, qui consiste à nier
l'absurdité de l'existence. Une telle
vision de la figure héroïque
de l'écrivain, une telle déclaration
d'amour à la littérature,
un tel art de la narration nous maintiennent
en excellente compagnie."
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